Le trauma semble être un mot à la mode ces temps-ci. Avec des avertissements au public de type “ trigger warning” et un besoin grandissant de tenir compte de tout ce qui est politiquement correct, ces termes apparaissent un peu partout pour un grand nombre de personnes.

Or, le fait que l’on parle plus que jamais de traumatisme n’est pas sans raison.

L’humanité pourrait être en train de saisir l’un des secrets les mieux gardés de l’histoire médicale.

Est-il possible que les traumatismes soient si répandus que nous en ayons tous été  affectés ? Est-il possible que la principale cause des maladies, des douleurs chroniques et des maladies mentales soit un secret dans la communauté médicale ?

De plus en plus de médecins réputés prennent la parole et l’affirment. Oui, le traumatisme est à l’origine de nombreuses souffrances humaines et même s’il existe assez de données scientifiques pour le prouver, les liens entre le trauma et la maladie restent pour la plupart inexprimés.

Si vous voulez en savoir plus sur le sujet, voici quelques bons ouvrages pour débuter :The Body Keeps the Score de Bessel Van de Kolk[1], When the Body Says No de Dr. Gabor Mate[2] et Waking The Tiger de Peter Levine[3]

 

Mais qu’est-ce qu’un traumatisme exactement ?

Sur son site web, www.camh.ca, le CAMH, le plus grand hôpital universitaire en santé mentale au Canada, définit le traumatisme comme suit :[traduction libre] « Le traumatisme est un terme utilisé pour décrire les conséquences des difficultés émotionnelles vécues en raison d’un événement bouleversant ».

La nuance importante ici est que le traumatisme fait référence à la conséquence émotionnelle de l’événement bouleversant. Le traumatisme n’est pas réellement lié à l’événement qui l’a causé, mais plutôt à la conséquence émotionnelle de l’événement.

Ainsi, bien que nous puissions penser qu’un traumatisme doit être lié à quelque chose d’absolument horrible qui est arrivé à une personne, la vérité est que n’importe quel événement peut déclencher une réaction traumatique chez une personne.

Un exemple facile à comprendre du travail de Gabor Maté va comme suit. Une personne pourrait conduire et heurter un sac poubelle noir. Mais si cette personne voit et comprend que ce n’était qu’un sac, il est peu probable qu’elle développe une réaction traumatique.

Toutefois, si la même personne heurte ce sac poubelle noir, mais qu’elle l’a confondu avec un chien noir, cela pourrait potentiellement provoquer une réaction traumatique. Même lorsque qu’elle réalise plus tard que l’objet qu’elle pensait être un chien était en fait un sac, la réaction de son corps serait exactement la même que si elle avait écrasé un chien.

Cette réponse traumatique est appelée un déclencheur. Dans cet exemple, écraser le sac poubelle noir aurait déclenché la personne conductrice.

La liste des réponses physiologiques en lien avec un déclenchement est particulièrement exhaustive et peut varier en intensité et en durée. En d’autres termes, une personne peut être profondément affligée et avoir des crises de panique pendant quelques jours ou quelques semaines. Elle pourrait aussi ressentir une douleur débilitante dans son corps qui pourrait potentiellement durer toute sa vie.

Une forte réaction émotionnelle, d’apparence excessive, peut également être une réponse à un traumatisme. Les situations où vous-même avez réagi d’une façon beaucoup plus forte que ce que la situation exigeait, peut-être en vous surprenant vous-même, pourraient en fait être liés à un traumatisme non résolu.

Dans sa série The Wisdom of Trauma[4], le Dr Gabor Maté nomme le traumatisme comme :[traduction libre] Non pas ce qui vous arrive, mais ce qui se passe à l’intérieur de vous suite à ce qui vous arrive.

C’est pourquoi deux personnes peuvent vivre exactement la même situation et avoir deux réactions complètement différentes. Il ne s’agit pas de savoir ce qui est arrivé à une personne mais de savoir comment ce qui s’est passé a affecté cette personne en particulier.

C’est l’une des choses intéressantes à propos des traumatismes. Ce n’est pas quelque chose qui se passe dans la tête. Cela se passe dans notre corps. Donc, peu importe à quel point nous pouvons penser que quelque chose ne devrait pas nous déranger, notre corps peut avoir d’autres schémas. Nous ne pouvons pas concevoir mentallement le traumatisme. Nous ne pouvons pas décider ou nous convaincre qu’un événement ne devrait pas nous déranger.

Le traumatisme est un processus physiologique et non mental.

Mais pourquoi est-ce que quelque chose déclenche une personne et pas nécessairement une autre? Qu’est-ce qui fait en sorte que quelque chose fait réagir le corps d’une personne et pas les autres ?

L’épigénétique pourrait avoir une réponse à ces questions. Dans son livre: It Didn’t Start With You, Mark Wolynn aborde une étude qui a été réalisée sur des souris[6] il y a quelques années à peine et qui a été publiée dans la revue scientifique Nature. Dans l’étude, les scientifiques ont introduit l’odeur des fleurs de cerisier dans la cage des souris. En même temps que l’odeur était introduite, les souris recevaient un choc électrique. Naturellement, après un certain temps, les souris ont commencé à craindre l’odeur des fleurs de cerisier. Les scientifiques ont étudié comment cette réaction de peur affectait les souris et l’ont documentée.

Ce qui était intéressant, c’est que les bébés des souris avaient la même réponse physiologique que leurs parents (en particulier le parent mâle) lorsqu’elle le même parfum était introduit, même s’ils n’avaient jamais reçu de choc. Ce trait, cette peur, a ainsi été transmis à la génération suivante.

Cette découverte est fort probablement pertinente pour les humains puisque nous partageons 99% de la même constitution génétique que les souris.

Théoriquement cela signifie que votre corps pourrait potentiellement avoir la même réponse au stress physiologique qu’un évènement qui aurait traumatisé un de vos grands-parents, même si le facteur de stress n’a jamais été une menace pour vous.

Une autre raison expliquant pourquoi une personne pourrait être affectée ou non par un événement, serait la mesure dans laquelle la personne a dû faire face à cet événement par elle-même. Le Dr Gabor Maté poursuit en expliquant que le traumatisme fondamental est la déconnexion.

« La déconnexion avec les adultes significatifs qui a permis à la maltraitance de se produire en premier lieu [dans le cas d’un traumatisme infantile dû à la maltraitance] est la véritable cause profonde du traumatisme. » L’incapacité à parler de ce qui s’est passé avec quelqu’un ou à trouver du réconfort chez une autre personne est ce qui pousse le corps à «s’accrocher» à la douleur plutôt qu’à l’évacuer.

En somme, si une personne n’est pas en mesure de trouver la compassion dont elle a besoin, les symptômes physiologiques liés au facteur de stress déclencheur pourraient persister chez elle de façon permanente.

Ainsi, la prochaine fois que vous vous surprendrez à dire que vous ne devriez pas vous sentir mal à propos de quelque chose parce que d’autres personnes vivent des choses bien pires, vous voudrez peut-être y réfléchir à deux fois et vous demander ce qui est vraiment réel dans votre corps, plutôt que dans vos pensées. Disons, par exemple, que vous avez eu un accident de voiture. Vous vous en êtes sorti bien physiquement, avec seulement une entorse cervicale mineure, mais l’événement vous a secoué. Mais les jours suivants, vous ne pouvez pas vous empêcher de penser et de vous refaire le film encore et encore des évènements dans votre tête.

Vous pourriez vous surprendre à vous dire des choses telles que : “reviens-en, tout va bien. Tu as été chanceuse, ça aurait pu être bien pire.”

Mais il est très peu probable que ces mots vous aident, car tout ce que vous faites est d’essayer de penser rationnellement pour échapper au processus physiologique.

Et si nous vivions dans un monde où nous savions que nous étions tous traumatisés ?

Et si nous nous traitions les uns les autres, et nous nous traitions nous-mêmes, comme des personnes traumatisées au lieu de condamner les gens ?

Peut-être que la prochaine fois que nous verrions quelqu’un s’emporter, nous pourrions le voir avec un regard compatissant.

Peut-être que la prochaine fois que nous serons nous mêmes enragés, nous pourrions prendre du recul et nous demander d’où pourrait provenir cette vive émotion.

 

[1] van der Kolk, B. A. (2014). The body keeps the score: Brain, mind, and body in the healing of trauma. Viking.

[2] Maté, G. (2003). When the body says no: The cost of hidden stress. Toronto: A.A. Knopf Canada.

[3]Levine, P. A. (1997). Waking the tiger: healing trauma : the innate capacity to transform overwhelming experiences. Berkeley, Calif.: North Atlantic Books.

[4] Science and Nonduality. (2021). Wisdom of Trauma. United States. 

[5] Dias, B., Ressler, K. Parental olfactory experience influences behavior and neural structure in subsequent generations. Nat Neurosci 17, 89–96 (2014). https://doi.org/10.1038/nn.3594

[6] Wolynn, M. (2016). It Didn’t Start with You: How Inherited Family Trauma Shapes Who We Are and How to End the Cycle. Penguin Random House LLC

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